
Pourquoi ai-je mal aux oreilles à l'atterrissage mais pas au décollage ?
Le décollage se passe sans encombre, puis à la descente les oreilles se bouchent, la douleur monte et l'ouïe reste cotonneuse. Cette asymétrie tient à la façon dont l'oreille équilibre la pression. Voici comment l'éviter.

Au décollage, tout va bien, à peine une petite sensation d’oreilles pleines qui disparaît d’elle-même. Mais une vingtaine de minutes avant l’arrivée, alors que l’avion entame sa descente, les oreilles se bouchent, une pression douloureuse s’installe, parfois jusqu’à la vraie souffrance, et les sons restent étouffés longtemps après l’atterrissage. Cette différence entre montée et descente n’a rien d’un hasard : elle découle de l’anatomie de l’oreille et de la façon dont elle équilibre la pression.
Ce qui se passe dans l’oreille pendant un vol
L’oreille comprend trois parties. L’oreille externe (le conduit auditif) est ouverte sur l’extérieur. Elle est séparée de l’oreille moyenne, une petite cavité remplie d’air, par le tympan, une fine membrane qui vibre avec les sons. L’oreille moyenne n’a qu’une seule communication avec l’extérieur : la trompe d’Eustache, un petit canal qui la relie à l’arrière du nez et de la gorge.
Pour que le tympan vibre librement, la pression doit être la même de chaque côté. En temps normal, la trompe s’ouvre brièvement quand on avale ou qu’on bâille, et l’équilibre se maintient sans qu’on s’en rende compte.
En avion, la cabine est pressurisée, mais pas au niveau du sol : en croisière, la pression correspond généralement à celle d’une altitude de montagne moyenne, de l’ordre de 1 800 à 2 400 mètres selon les appareils. La pression baisse donc à la montée, puis remonte à la descente. C’est cette variation que l’oreille doit compenser.
Pourquoi la descente fait mal et pas la montée
À la montée : l’air sort tout seul
Quand la pression de la cabine diminue, l’air contenu dans l’oreille moyenne se dilate. Il pousse sur le tympan vers l’extérieur et, surtout, il force le passage dans la trompe d’Eustache pour s’échapper vers la gorge. La trompe se laisse facilement ouvrir de l’intérieur : l’équilibrage est passif et quasi automatique. On ressent tout au plus quelques petits claquements.
À la descente : il faut faire entrer l’air
Quand l’avion descend, la pression de la cabine augmente. L’air de l’oreille moyenne, lui, reste à la pression d’altitude : il est en dépression par rapport à l’extérieur. Le tympan est aspiré vers l’intérieur, ce qui provoque la sensation d’oreille bouchée puis la douleur.
Pour rééquilibrer, il faut que l’air entre dans l’oreille moyenne par la trompe. Or celle-ci fonctionne un peu comme une valve : au repos, elle est fermée, et la dépression dans l’oreille tend même à la plaquer davantage. Elle ne s’ouvre que si l’on aide activement, en avalant, en bâillant ou par une manœuvre d’équilibrage. Si l’on attend trop, la différence de pression devient telle que la trompe reste collée et qu’aucune déglutition ne suffit plus à l’ouvrir.
| Phase du vol | Pression cabine | Ce qui arrive à l’oreille moyenne | Équilibrage |
|---|---|---|---|
| Décollage et montée | Diminue | L’air se dilate et pousse vers l’extérieur | Passif, la trompe s’ouvre facilement |
| Croisière | Stable | Pression équilibrée | Aucun effort nécessaire |
| Descente | Augmente | L’air est en dépression, le tympan est aspiré | Actif, il faut ouvrir la trompe |
| Atterrissage | Proche du sol | Déséquilibre maximal si rien n’a été fait | Parfois difficile, oreille bouchée persistante |
Lorsque l’équilibrage échoue, on parle de barotraumatisme de l’oreille : un tympan trop tiré devient douloureux, peut rougir, et l’oreille moyenne peut même se remplir d’un peu de liquide, d’où la sensation de coton et d’audition diminuée qui persiste après le vol.
Pourquoi certaines personnes souffrent plus que d’autres
Tout le monde subit les mêmes variations de pression, mais tout le monde n’a pas la même trompe d’Eustache. Plusieurs facteurs augmentent le risque de douleur :
- Le rhume, la rhinite, l’allergie ou la sinusite. La muqueuse gonflée et le mucus bouchent l’entrée de la trompe. C’est la cause la plus fréquente de douleurs fortes à l’atterrissage.
- Le jeune âge. Chez le bébé et le jeune enfant, la trompe est plus courte, plus horizontale et plus étroite, et l’enfant ne sait pas équilibrer volontairement.
- Une otite récente ou des otites à répétition.
- Le sommeil pendant la descente. On avale beaucoup moins en dormant, et l’on se réveille souvent avec une oreille déjà bloquée.
- Des végétations volumineuses chez l’enfant, une déviation de la cloison nasale ou des polypes chez l’adulte.
Les manœuvres qui débouchent l’oreille
Le principe est toujours le même : ouvrir la trompe d’Eustache tôt et souvent, dès le début de la descente, qui commence en général 20 à 40 minutes avant l’atterrissage. Le moment où le commandant de bord annonce la descente ou où les signes d’attacher la ceinture s’allument est un bon repère.
| Technique | Comment faire | Pour qui |
|---|---|---|
| Déglutition | Avaler sa salive régulièrement, boire par petites gorgées | Tous, y compris les enfants |
| Mastication | Mâcher un chewing-gum ou sucer un bonbon, qui font saliver et avaler | Adultes et enfants en âge de ne pas s’étouffer |
| Bâillement | Bâiller franchement, même en se forçant, mâchoire bien ouverte | Tous |
| Manœuvre de Valsalva | Pincer le nez, bouche fermée, et souffler doucement comme pour gonfler un ballon | Adultes, sans forcer |
| Manœuvre de Toynbee | Pincer le nez et avaler en même temps | Adultes et grands enfants |
| Mouvements de mâchoire | Avancer la mâchoire inférieure et la bouger de gauche à droite | Adultes, en complément |
Attention à la manœuvre de Valsalva : elle doit rester douce. Souffler violemment contre un nez pincé peut abîmer l’oreille. Si elle ne fonctionne pas au bout de quelques essais modérés, essayez d’autres techniques plutôt que de forcer davantage.
L’astuce d’expert : ne cherchez pas à déboucher une oreille déjà douloureuse, cherchez à ne jamais la laisser se boucher. Une petite manœuvre toutes les une à deux minutes pendant toute la descente est bien plus efficace qu’un gros effort au moment où l’avion touche le sol.
Préparer son vol pour limiter la douleur
- Restez éveillé pendant la descente, ou demandez à votre voisin ou à l’équipage de vous réveiller.
- Gardez de l’eau et un chewing-gum à portée de main pour la fin du vol, sans dépendre du passage du chariot.
- Buvez régulièrement pendant le vol : l’air de la cabine est très sec et les muqueuses asséchées fonctionnent moins bien.
- Essayez les bouchons d’oreille à filtre de pression, vendus en pharmacie et dans les aéroports : ils ralentissent la variation de pression perçue par le tympan.
- En cas de nez bouché, demandez conseil à un pharmacien ou un médecin avant le départ. Un spray nasal décongestionnant utilisé avant la descente peut aider certains adultes, mais ces produits ont des contre-indications (hypertension, certaines pathologies cardiaques, grossesse) et ne conviennent pas à l’enfant sans avis médical. Un lavage de nez au sérum physiologique est une option sans risque.
- En cas d’otite aiguë ou de fort rhume, envisagez si possible de décaler le voyage et consultez avant de partir.
Les variations de pression en cabine ont d’autres effets sur le corps, comme le gonflement des mains, que nous avons expliqué dans notre article sur les mains qui gonflent en avion. Et si c’est plutôt la nausée qui gâche vos vols, voyez pourquoi le mal des transports peut toucher en avion et pas en voiture.
Avec un bébé ou un jeune enfant
Les tout-petits sont les plus exposés, et ils ne savent pas dire ce qu’ils ressentent. Quelques gestes simples les soulagent :
- Faites téter ou donnez le biberon pendant la descente, pas seulement au décollage. C’est le moment le plus important.
- Proposez une tétine, ou à un enfant plus grand une boisson avec une paille, une compote à la gourde ou un bonbon adapté à son âge.
- Évitez qu’il dorme au début de la descente si cela est possible, ou réveillez-le doucement.
- Apprenez aux plus grands à bâiller ou à souffler dans un ballon de baudruche, une façon ludique d’ouvrir la trompe.
- Ne vous inquiétez pas des pleurs : ils font avaler de l’air et contribuent à l’équilibrage.
Si votre enfant a une otite ou un gros rhume, demandez l’avis du pédiatre avant le vol.
Oreille encore bouchée après l’atterrissage : que faire ?
Une sensation d’oreille pleine ou d’audition étouffée est fréquente dans les heures qui suivent un vol. Pour aider l’oreille à se rééquilibrer :
- Continuez à avaler, bâiller et mâcher régulièrement.
- Pratiquez une manœuvre de Valsalva douce plusieurs fois dans l’heure.
- Faites un lavage de nez au sérum physiologique si vous êtes enrhumé.
- Prenez une douche chaude ou inhalez de la vapeur : la chaleur humide fluidifie les sécrétions.
- Évitez de replonger ou de reprendre l’avion tant que l’oreille n’est pas redevenue normale.
Consultez un médecin si :
- l’oreille reste bouchée plus de quelques jours ;
- la douleur est intense ou augmente ;
- vous constatez une baisse importante de l’audition, des vertiges ou des sifflements persistants ;
- un écoulement ou un saignement sort de l’oreille, signe possible de perforation du tympan ;
- de la fièvre apparaît dans les jours suivants.
Dans la grande majorité des cas, même après un barotraumatisme, l’oreille récupère complètement en quelques jours à quelques semaines, parfois avec l’aide d’un traitement adapté.
Ce qu’il faut retenir
La douleur d’oreille en avion vient d’une asymétrie simple : à la montée, l’air de l’oreille moyenne sort tout seul par la trompe d’Eustache ; à la descente, il faut le faire rentrer, et la trompe ne s’ouvre qu’avec un peu d’aide. En commençant à équilibrer dès le début de la descente, en avalant, en bâillant, en mâchant ou avec une manœuvre douce, on évite la plupart des douleurs. Les voyageurs enrhumés, allergiques et les jeunes enfants méritent une attention particulière, et une oreille qui reste douloureuse ou bouchée plusieurs jours doit être examinée par un médecin.
On répond à vos questions
Combien de temps une oreille peut-elle rester bouchée après un vol ?
Le plus souvent, la sensation disparaît en quelques minutes à quelques heures après l'atterrissage, à mesure que la trompe d'Eustache s'ouvre en avalant. Elle peut parfois persister un ou deux jours, notamment en cas de rhume. Au-delà de quelques jours, ou en cas de douleur intense, de baisse d'audition marquée, de vertiges ou d'écoulement, il faut consulter.
Peut-on prendre l'avion avec un rhume ?
C'est possible, mais le risque de douleur à l'atterrissage est nettement plus élevé, car la muqueuse gonflée gêne l'ouverture de la trompe d'Eustache. Demandez conseil à un médecin ou un pharmacien : un décongestionnant nasal peut parfois être proposé avant la descente, sous réserve de contre-indications. En cas d'otite aiguë, mieux vaut reporter le vol si possible.
Comment éviter que mon bébé ait mal aux oreilles en avion ?
Faites-le téter ou boire au biberon pendant la descente, ou donnez-lui une tétine : la déglutition ouvre la trompe d'Eustache. Mieux vaut qu'il soit éveillé au début de la descente. Les pleurs ne sont pas forcément un mauvais signe, car ils aident aussi à équilibrer la pression.
Les bouchons d'oreille spéciaux avion sont-ils efficaces ?
Les bouchons à filtre de pression ralentissent les variations de pression qui atteignent le tympan, ce qui laisse plus de temps à la trompe pour s'équilibrer. Beaucoup de voyageurs sujets aux douleurs les trouvent utiles, même si leur efficacité varie selon les personnes. Ils se mettent avant le début de la descente et se retirent une fois au sol.
Pourquoi les oreilles se débouchent-elles en avalant ?
En avalant ou en bâillant, les muscles du palais tirent sur la trompe d'Eustache et l'ouvrent brièvement. L'air peut alors circuler entre la gorge et l'oreille moyenne, et la pression s'égalise de part et d'autre du tympan. Le petit claquement entendu correspond à ce rééquilibrage.


