
Pourquoi ai-je la turista en voyage alors que je fais attention à ce que je mange ?
Eau en bouteille, restaurants choisis avec soin, et pourtant la diarrhée du voyageur vous rattrape au troisième jour. Glaçons, couverts, mains, crudités : voici les pièges qui échappent aux plus prudents et comment réagir si elle survient.

Vous avez suivi toutes les recommandations : eau en bouteille, restaurants qui inspirent confiance, pas de plat douteux. Et pourtant, au deuxième ou troisième jour du séjour, les crampes d’estomac et la diarrhée vous clouent à l’hôtel. La turista, ou diarrhée du voyageur, est la maladie la plus fréquente chez les voyageurs qui se rendent dans des pays chauds ou aux conditions d’hygiène différentes. Si elle frappe même les plus prudents, c’est que les contaminations passent souvent par des sources discrètes qu’on ne soupçonne pas.
Ce qu’est vraiment la turista
La diarrhée du voyageur se définit par l’apparition de selles liquides, souvent accompagnées de crampes abdominales, de nausées, parfois de vomissements ou d’une petite fièvre, pendant ou juste après un séjour à l’étranger. Elle survient le plus souvent dans la première semaine, fréquemment entre le deuxième et le cinquième jour.
Dans la majorité des cas, elle est due à des bactéries, en particulier certaines souches d’Escherichia coli courantes dans l’environnement local, auxquelles les habitants sont habitués mais pas votre organisme. Des virus et, plus rarement, des parasites peuvent aussi être en cause. Ces germes se transmettent par l’eau et les aliments contaminés, ou par les mains.
Le risque varie selon la destination : il est plus élevé dans les régions où l’accès à l’eau potable et l’assainissement sont limités, notamment dans certaines parties de l’Asie, de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Amérique latine.
Pourquoi elle vous touche malgré vos précautions
Les glaçons
C’est le grand classique. On commande une boisson en bouteille, mais elle est servie avec des glaçons préparés avec l’eau du robinet. Le froid ne tue pas les bactéries. Les glaçons peuvent aussi se cacher dans les jus de fruits frais, les smoothies et les cocktails.
Les crudités et fruits déjà préparés
Une salade ou des fruits coupés paraissent sains, mais ils ont souvent été lavés à l’eau du robinet ou manipulés à mains nues. Les herbes fraîches parsemées sur les plats, les garnitures et les sauces froides sont dans le même cas.
Les sauces, buffets et plats tièdes
Les sauces froides (mayonnaise, sauces au yaourt), les plats de buffet maintenus tièdes pendant des heures et les aliments réchauffés sont des terrains favorables à la multiplication des bactéries.
Les mains et les objets
On pense à la nourriture, beaucoup moins à ses mains : billets, rampes, poignées, téléphone. Porter ensuite les doigts à la bouche ou manger avec les mains suffit à se contaminer. Les couverts et verres encore humides après lavage peuvent aussi transmettre des germes.
L’eau avalée sans y penser
Se brosser les dents à l’eau du robinet, avaler de l’eau sous la douche ou à la piscine, rincer une bouteille réutilisable : autant d’expositions discrètes.
Les facteurs qui ne sont pas infectieux
Le changement de rythme, le décalage horaire, le stress du voyage, une alimentation plus riche ou plus épicée et l’alcool peuvent aussi dérégler le transit, sans qu’il y ait de germe en cause. Ces troubles sont généralement plus légers et passent rapidement. Si vous avez du mal à récupérer de la fatigue du voyage, notre article sur le décalage horaire plus difficile au retour qu’à l’aller explique pourquoi.
Les bons réflexes pour l’éviter
Une règle résume l’essentiel, souvent formulée en anglais par les spécialistes de la médecine des voyages : cuit, bouilli, pelé, sinon on s’abstient.
| Aliment ou boisson | Plutôt sûr | À éviter dans les zones à risque |
|---|---|---|
| Eau | Bouteille capsulée ouverte devant vous, eau bouillie, eau traitée | Eau du robinet, carafes, fontaines |
| Boissons | Boissons chaudes, sodas et bières en bouteille ou canette | Glaçons, jus pressés, smoothies, cocktails |
| Fruits | Fruits que vous pelez vous-même (banane, mangue, agrumes) | Fruits déjà coupés, salades de fruits |
| Légumes | Légumes cuits et servis chauds | Crudités, salades, herbes fraîches crues |
| Viandes et poissons | Bien cuits, servis très chauds | Viandes saignantes, poisson cru, fruits de mer crus |
| Produits laitiers | Lait pasteurisé, yaourts industriels | Lait cru, glaces artisanales, fromages frais non pasteurisés |
| Plats | Cuisinés devant vous et servis brûlants | Buffets tièdes, plats réchauffés, sauces froides |
Quelques réflexes complémentaires :
- Lavez-vous les mains au savon avant de manger et après être allé aux toilettes ; gardez une solution hydroalcoolique sur vous.
- Brossez-vous les dents avec de l’eau en bouteille dans les pays où l’eau du robinet n’est pas potable.
- Essuyez les couverts et le bord des canettes avant usage.
- Privilégiez les adresses fréquentées par les habitants, où les plats tournent vite.
- La cuisine de rue n’est pas forcément plus risquée qu’un restaurant : un plat cuit sous vos yeux et servi brûlant est souvent plus sûr qu’un buffet d’hôtel resté tiède.
L’astuce des voyageurs aguerris : commandez vos boissons fraîches en précisant sans glace dès la première fois, et ayez toujours une petite bouteille d’eau capsulée dans votre sac pour le brossage des dents et la prise de médicaments.
Que faire si la turista survient
Boire, avant tout
Le principal risque de la diarrhée est la déshydratation. Il faut boire abondamment et par petites gorgées : eau en bouteille, bouillons salés, boissons sucrées en complément. L’idéal est une solution de réhydratation orale, vendue en sachets à diluer, qui compense exactement les pertes en eau, en sucre et en sels minéraux. Elle est indispensable chez le jeune enfant et la personne âgée.
Manger léger
Continuez à vous alimenter dès que possible, avec des aliments simples : riz, pâtes, pain, bananes, compote, carottes cuites, bouillon. Évitez temporairement les produits laitiers, les plats gras ou épicés, les crudités et l’alcool.
Les médicaments
- Un ralentisseur du transit peut être utilisé ponctuellement chez l’adulte, par exemple avant un long trajet, à condition de ne pas avoir de fièvre ni de sang dans les selles. Il est déconseillé chez le jeune enfant sans avis médical.
- Les antibiotiques ne sont pas systématiques et se prennent uniquement sur avis médical, pour certaines formes sévères.
- Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant le départ pour composer une trousse adaptée à votre destination et à votre santé.
| Situation | Conduite à tenir |
|---|---|
| Diarrhée simple, sans fièvre, bon état général | Réhydratation, alimentation légère, repos |
| Besoin de voyager malgré les symptômes | Ralentisseur du transit possible chez l’adulte, en l’absence de fièvre et de sang |
| Fièvre, sang ou glaires dans les selles | Consulter un médecin rapidement |
| Signes de déshydratation (soif intense, urines rares et foncées, vertiges, bouche sèche) | Consulter rapidement, surtout chez l’enfant et la personne âgée |
| Symptômes chez un bébé ou un jeune enfant | Solution de réhydratation et avis médical sans tarder |
| Symptômes qui durent plus de quelques jours ou reviennent après le retour | Consulter, des examens peuvent être nécessaires |
La trousse à préparer avant le départ
Mieux vaut l’avoir dans la valise que la chercher sur place, parfois dans une langue que l’on ne maîtrise pas. Voici les éléments utiles pour un séjour dans une zone à risque, à adapter avec votre médecin ou votre pharmacien :
- des sachets de solution de réhydratation orale, en quantité suffisante pour toute la famille ;
- un thermomètre, pour repérer une fièvre qui change la conduite à tenir ;
- une solution hydroalcoolique et quelques lingettes ;
- un traitement symptomatique contre la diarrhée, choisi avec un professionnel de santé selon votre âge et vos antécédents ;
- des comprimés de purification de l’eau ou une gourde filtrante si vous partez hors des sentiers battus ;
- la liste de vos traitements habituels et une copie de vos ordonnances.
Pensez aussi à vérifier les vaccinations recommandées pour votre destination, certaines infections transmises par l’eau ou les aliments pouvant être prévenues de cette façon.
Les voyageurs à surveiller de près
Certaines personnes doivent redoubler de prudence et consulter plus tôt en cas de diarrhée :
- les nourrissons et jeunes enfants, qui se déshydratent très vite ;
- les femmes enceintes ;
- les personnes âgées ;
- les personnes atteintes de maladies chroniques (diabète, maladies rénales, cardiaques ou intestinales) ou immunodéprimées ;
- les personnes qui prennent des traitements dont l’absorption ou l’effet peut être perturbé par la diarrhée, comme certains médicaments cardiaques ou la contraception orale.
Pour ces voyageurs, une consultation avant le départ, idéalement dans un centre de conseils aux voyageurs ou chez le médecin traitant, permet d’adapter les précautions et la trousse de pharmacie. Les autres désagréments du voyage méritent aussi d’être anticipés : si vous êtes sujet aux nausées en avion, voyez pourquoi le mal des transports peut survenir en avion et pas en voiture.
Ce qu’il faut retenir
La turista touche aussi les voyageurs prudents, parce que les germes passent souvent par des sources discrètes : glaçons, crudités et fruits lavés à l’eau du robinet, sauces froides, buffets tièdes, mains et couverts humides. Retenez la règle cuit, bouilli, pelé, sinon on s’abstient, lavez-vous souvent les mains et brossez-vous les dents à l’eau en bouteille dans les zones à risque. Si la diarrhée survient, la priorité est de boire beaucoup, idéalement une solution de réhydratation orale, et de manger léger : elle guérit le plus souvent en quelques jours. Fièvre, sang dans les selles, déshydratation ou symptômes chez un enfant ou une personne fragile imposent de consulter.
On répond à vos questions
Combien de temps dure la turista ?
Dans la grande majorité des cas, la diarrhée du voyageur dure de un à trois jours et guérit spontanément. Si elle se prolonge au-delà de quelques jours, s'aggrave ou s'accompagne de fièvre, de sang dans les selles ou de signes de déshydratation, il faut consulter un médecin, sur place ou au retour.
Peut-on prendre un médicament anti-diarrhée pendant la turista ?
Chez l'adulte, un ralentisseur du transit peut être utilisé ponctuellement pour soulager les symptômes, par exemple avant un trajet, à condition qu'il n'y ait ni fièvre ni sang dans les selles. Il est déconseillé chez le jeune enfant sans avis médical. Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien avant le départ pour préparer une trousse adaptée.
Faut-il prendre des antibiotiques contre la turista ?
Non, pas systématiquement. La plupart des turistas guérissent seules en quelques jours. Les antibiotiques sont réservés à certaines formes sévères ou à certaines situations, et uniquement sur avis médical. Une prise inutile expose à des effets indésirables et favorise les résistances bactériennes.
Les probiotiques préviennent-ils la turista ?
Les données disponibles sur l'efficacité des probiotiques pour prévenir la diarrhée du voyageur restent limitées et contrastées. Ils ne remplacent en aucun cas les règles d'hygiène alimentaire et le lavage des mains, qui demeurent les mesures les plus efficaces.
Peut-on se brosser les dents avec l'eau du robinet à l'étranger ?
Dans les pays où l'eau du robinet n'est pas considérée comme potable, il est plus prudent de se brosser les dents avec de l'eau en bouteille capsulée ou de l'eau bouillie. Même une petite quantité d'eau avalée par inadvertance peut suffire à transmettre des germes.


